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:: Provence pastorale, bergers & transhumance  ::

 

CHAPITRE I

  Les collines brûlées, les pinèdes, les pierrailles dans les immenses espaces de la solitude et de l'aridité, la maigreur aristocratique des terres à céréales et à fruits d'où fusent, en se tordant, les oliviers et les cyprès qui leur ont servi de cadre, sont toujours là et, par-dessus, comme autrefois, la combustion de la lumière, la cuisson de la céramique du ciel font éclater leur feu et leur azur. Dans ces paysages qu'emplissent les travaux des hommes, selon l'ordre qui leur e

Qu'il soit de Grèce, de Dalmatie, d'Italie, de Sicile, de Corse, de Sardaigne, de Provence, du Bas-Languedoc ou d'Espagne, le berger, depuis les origines, est participant à une très longue histoire toujours recommencée qui s'est épanouie et fixée le long de ces plaines bordières. Au temps du néolithique on l'y avait déjà magnifié, porteur d'une longue houlette, armé d'une fronde, accompagné par les premiers mâtins domestiqués, et l'épopée des nomades, celle des «  grands ronds de tentes « , conquérants d'empires, en a fait un seigneur et un maître, en opposition au paysan dont le prestige de sédentaire, agrippé à sa terre, fut toujours rabaissé. L'humanité ne pourra jamais se passer de lui. Et de nos jours, ses tâches répandues à travers le globe, en dépit de notre époque des succédanés, des remplacements, demeurent essentielles.

Car les produits du troupeau acquièrent de plus en plus une prédominance majeure, et l'on voit s'esquisser déjà le déclin de la civilisation asiatique du végétal qui cède la place à la civilisation de la brebis. Et cette dernière, en pays méditerranéens, tend de plus en plus à supplanter la suprématie agricole et, de la sorte, la vocation pastorale y reprend sa royauté par la perfection que la brebis a atteinte grâce à la science du pâtre. D'auxiliaire qu'elle était dans les bergeries et les fermes, elle y a retrouvé sa place de choix d'autrefois en ébranlant toute l'économie paysanne. 

Peut-on oublier que dans l'Hellade, le Cithéron, dès que le printemps arrivait sur ses pentes, était pris d'assaut par la multitude dès troupeaux de Béotie et de Corinthe. Et l'on sait que sur le Parnasse, Béotiens et Phocidiens se prenaient de querelle pour la possession des herbages, tout comme la guerre de Rome contre Albe et les Sabins avait éclaté parce qu'il y avait urgence que les pacages, devenus trop exigus pour le nombre des brebis, fussent agrandis à tout prix.

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