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Saint Rémy de Provence

 

   Le prix du démon

Les Grecs de Marseille fondèrent Glanon au IIe siècle av. J.-C. La petite ville fut prise par César en 49 et devint Glanum, que les invasions barbares détruisirent au IIIe siècle de notre ère. Glanum connut un nouvel essor au temps des Carolingiens: le faubourg N. de J'ancienne ville donna naissance à la Villa Sancti Remigii, puis à l'actuel Saint­Rémy. Selon une légende née au XVIe siècle, Rémy, évêque de Reims, vint à Glanum vers l'an 500 en compagnie de Clovis. Il y exorcisa une jeune fille possédée du démon depuis son enfance; mais elle mourut; il la ressuscita. En reconnaissance, le père de la défunte offrit à Rémy un vaste domaine, comprenant ce faubourg N. de Glanum. Les fouilles commencées en 1921 à Glanum continuent à être menées activement : on estime n' avoir mis au jour qu'un dixième d'une ville dont la population dut compter jusqu'à 5000 habitants.

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Saint Rémy de Provence

 

   les petits-fils d'Auguste

Vous quitterez Saint-Rémy par l'avenue Pas­teur et monterez jusqu'au plateau des Antiques où se dressent, côte à côte, deux monuments romains parfaitement conservés : l'Arc municipal qui date des premières années du règne d'Auguste et le Mausolée, postérieur à l'arc d'environ un quart de siècle. Selon M. Henri Rolland, ancien directeur des fouilles de Glanum, il s'agit d'un cénotaphe élevé à la mémoire des petits-fils d'Auguste, Calus et Lucius, surnommés Princes de la Jeunesse morts dans la fleur de l'âge. La Maison carrée de Nimes leur fut également dédiée. Ce monument passe dans l'imagination populaire pour un des repaires de la Chèvre d'Or.

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Saint Rémy de Provence

      Un bâton de jeunesse

Un miracle est à l'origine du Prieuré de Saint­Paul-de-Mausole, devenu maison de santé et où Van Gogh vécut un an, en 1889. Fuyant les Bar­bares, les habitants de Reims seraient arrivés jusqu'aux Alpilles. Ils y rencontrèrent un saint homme, nommé Paul, à qui ils offrirent la direction de leur nouvel évêché. Paul répondit en souriant qu'il accepterait cet honneur le jour où son bâton, planté en terre, se couvrirait de fleurs. Et des fleurs aussitôt enlacèrent le bâton. C'est ainsi que le monastère fut construit. Les chapiteaux du cloître possèdent des sculptures de monstres, traditionnelles de l'art roman : sirènes, chimères, centaures, mais aussi l'image d'un bateleur.

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Saint Rémy de Provence

 

      Nostradamus

C'est à Saint-Rémy, dans une modeste maison de la rue Hoche, que naquit, en 1503, Michel de Nostredame, le célèbre astrologue, universellement connu sous le nom latinisé de Nostradamus  

Un familier des étoiles

Qui était Nostradamus? Le descendant d'une antique famille juive du Comtat nouvellement convertie au catholicisme et qui appartenait à la tribu d'Issachar. Son père, Jaume, était notaire et son aïeul, Pierre de Nostredame, dont la légende fit le médecin du duc de Calabre et du roi de Navarre, exerçait plus prosaïquement le métier de marchand de grains en Avignon.

Né à Saint-Rémy (voir ce nom) en décembre 1503, Michel de Nostredame partit très jeune s'instruire en Avignon. Il y étonna ses maîtres par une mémoire et une agilité d'esprit stupéfiantes.

A peine avait-il l'usage de sa raison, rapporte une chronique anonyme du temps, qu'il décidait mille petites questions curieuses; entre autres, se promenant un soir avec des camarades, il les détrompa de ce qu'ils croyaient que les étoiles se détachaient du ciel lorsqu'ils voyaient des petites traînées de feu en l'air, que les philosophes appellent astres errants; il leur apprît que c'étaient des exhalaisons sulfureuses que le vent allumait comme le vent allume les charbons; il leur enseignait aussi que les nuées ne puisaient pas dans la mer avec des pompes, ainsi que le vulgaire ignorant le pense, mais bien que c'était un amas de vapeurs semblable à celui que l'on voit dans les temps de brouillard; il leur disait encore que le monde était rond comme une boule, et que le soleil qui paraissait à notre horizon éclairait l'autre hémisphère; enfin, il par-lait Si souvent et avec tant de plaisir des météores et des astres, qu'on l'appelait le jeune astrologue». (1)

 

Des philtres d'amour

Ses humanités terminées, Nostradamus s'en alla étudier la médecine à Montpellier. En 1525, une fièvre pestilentielle ravagea la région du sud-ouest. Le jeune étudiant, abandonnant ses salles de cours, courut au-devant du fléau jusqu'à Toulouse et ensuite Bordeaux. Il sauva un grand nombre de gens à l'aide d'une poudre préventive dont il était l'inventeur. Ce succès lui valut déjà la consi­dération de ses pairs vers 1530, il fut reçu docteur en médecine à Montpellier. Il n'y demeura pas longtemps. Reparti sur les chemins de la Provence et du Sud-Ouest où on le recevait comme un Hôte de marque, il se spécialisa vite dans la fabrication des fards, des parfums, des produits de beauté en tous genres, des élixirs et des philtres d'amour. De cette science inattendue, il sut tirer plus tard de fructueux profits. Passant par Agen, il fit assaut d'érudition  avec  l'humaniste  César  Scaliger (celui-là même qui devait, plus tard, le couvrir de sarcasmes) qui l'engagea à se marier. Nostradamus, trouvant l'idée bonne, prit donc femme et fut rapidement père de deux enfants. Femme et enfants moururent aussi brusquement qu'ils étaient entrés dans sa vie. Pendant cinq ans, il connut de nouveau l'imprévu des voyages, d'Arles à Lyon, de Valence à Marseille. En 1545, il fit halte dans la cité phocéenne. Il avait 42 ans. L'année suivante, la peste frappait Aix-en-Provence : l'heure de Nostradamus était arrivée.

 

La mort en ce jardin

Elle éclata en 1546; la peste terrifiante dont Aix allait. se souvenir comme du charbon protençal parce qu'elle rendait ceux qu'elle attaquait noirs comme du charbon. On souffrit de manière atroce. La mort ne survenait souvent qu'après trois ou quatre jours de tortures incessantes.  Les per­sonnes atteintes de cette maladie, écrivit plus tard le fils du mage, chassent incontinent toute espérance de salut, se cousent elles-mêmes en deux blancs suaires, et se font même en vie (ô chose non jamais vue!) leurs tristes et lamentables obsèques. Les maisons sont abandonnées et vides, les hommes défigurés, les femmes éplorées, les enfants éperdus, les vieillards étonnés, les plus forts vaincus, et les animaux poursuivis. Le palais clos et fermé, la justice en silence et désertion. Thémis absente et muette, et le portefaix en crédit. Les boutiques fermées, les arts cessés, les temples solitaires, et les prêtres tout confus c. (1) Une fois encore, Nostradamus vint prodiguer son aide et dispenser son savoir. Il lutta contre l'épidémie au moyen d'une poudre de senteur de parfaite bonté et excellence, qui est une odeur non étrange, mais rend une sua­vité agréable et de longue durée. Pour composer cette poudre, Nostradamus mêlait à de la sciure de bois de cyprès, de l'iris de Florence, de l'ambre gris, des girofles, de l'aloès et du musc. Puis, à ces ingrédients soigneusement concassés, il joignait du suc de pétales de roses rouges incarnées, des roses qu'il fallait cueillir au petit matin par paniers de trois à quatre cents. Cette poudre, excellente pour chasser les odeurs pestilentielles, semble avoir eu un effet préventif assez sûr pour que son inven­teur fût ensuite fêté par les Aixois libérés du mal. Mais Nostradamus n'eut guère le temps de savourer son triomphe. L'année suivante, une épidémie ravagea Lyon et ses environs; on l'y appela; il s'y rendit, éternel Samaritain, et y vit sa poudre merveilleuse fustigée par «le célèbre docteur Sar­razin « , farouche défenseur de l'orthodoxie médicale, qui laissait mourir ses malades comme des mouches plutôt que de contourner les vieilles, doctes et impuissantes règles. L'ère de l'héroïsme s'achevait pour Nostradamus. Le retour en Pro­vence allait lui ouvrir d'autres horizons.

 

Un bourgeois de Salon

Après tant d'années de vagabondage, Nostrada­mus décida de se fixer à Salon, alors dénommée Salon-de-Craux. Il y épousa une jeune veuve, Anne Ponsard (et non Anne Ponce Gemelle, comme l'in­dique, de manière erronée, l'inscription de la collé­giale Saint-Laurent), et s'établit au quartier Ferreiroux, dans une maison d'apparence modeste mais bourgeoise, sise au n0 2 de l'actuelle rue Nostra­damus (à ne pas confondre avec le boulevard du même nom). Il vécut à Salon près de dix-neuf ans et eut six enfants.

Les débuts de la vie de Nostradamus à Salon n'ont rien d'exceptionnel   le nouveau médecin tenait consultation, vendait à sa clientèle féminine des pâtes, des fards, des poudres de beauté et des philtres d'amour, à sa clientèle masculine certaines dragées d'Hercule . Mais il est vrai que cette

pharmacopée renferme déjà, à elle seule, une bonne dose d'insolite.

Les hommes préfèrent-ils les blondes ?

Nostradamus se penchait, en effet, avec la plus vive curiosité sur ce qui était alors les rudiments de la chimie appliquée. En 1552, il publia le Traité des Fardements, extraordinaire recueil ou prenait forme un art combinatoire des sucreries des jus et des poudres. Le premier livre de ce traité

contient la manière de distiller eaux de senteurs et de faire parfums odoriférants, vrais antidotes et préservatifs pour corriger les mauvaises senteurs et puanteurs d'haleine qui s'acquièrent par les grands excès que nous faisons journellement. Davantage enseigne les moyens par lesquels aisément et par­faitement on pourra embellir le visage humain et celui longuement conserver en un tel état. Le second livre apprend à faire toutes sortes de confitures liquides, et ce avec telle dextérité et promptitude que toutes personnes de gentil esprit, curieux d'en faire expérience, n'en rapporteront pas moins d'utilité et profit que de récréation et plaisirs.»

Broyés, pilés, malaxés, mélangés. tamisés, trans­vasés, chauffés, les ingrédients devaient passer d'alambics en fioles et en cornues pour, au terme de ces manipulations d'esthète, produire de petits chefs-d'oeuvre. Nostradamus se flattait surtout de l'infaillibilité d'un de ses philtres, baptisé philtre d'amour de Médée. Ce philtre, on pouvait l'obtenir à partir de pommes de mandragore, de feuilles de verveine, d'ambre gris, de musc, de girofle, d'aloès, de diverses racines et de vin crétique. Mais, préci­sait l'inventeur, que nul ne fût si hardi de vouloir entreprendre le faire hormis que par contrainte matrimoniale; car pour en user d'amour fraudu­leuse et libidineuse, ce serait mal user de son savoir.

S'il promettait également aux femmes brunes, par l'usage d'une décoction idoine, d'avoir dans trois ou quatre jours le poil blond et roux comme or de ducat  , Nostradamus n'oubliait pas les ména­gères à qui était destinée, parmi les cent manières de faire confitures, tant en miel que sucre et vin cuit , une recette de confiture de cerises, dont la seule description occuperait plusieurs pages de ce livre.

 

 

Le devin du village

Comme beaucoup de médecins du XVIe siècle, Nostradamus s'intéressait à l'étude des astres. Le soir, lorsque femme et enfants s'étaient endormis, il rejoignait son cabinet aménagé sous les toits de sa maison et scrutait les abîmes du ciel étoilé. De cette époque datent les premiers recueils annuels de prédictions, ayant trait au temps et aux évé­nements, qui furent ainsi publiés : Almanachs pour l'an ... avec les présages, calculés et expliqués par M. Michel Nostradamus, Docteur en médecine, Astrophile de Salon-de-Craux en Provence. Ces recueils connurent un tel succès populaire que Nostradamus en fit rapidement paraître une version abrégée, intitulée : La Grande Pronostication.

Aux Salonnais, Nostradamus proposait de lire l'avenir et de guérir par ses remèdes les maux affligeants (peaux flétries, odeurs nauséabondes, dents cariées) que recélait le présent. Cette double sollicitude ne lui gagna pas la sympathie de ses concitoyens, bien au contraire; on suspecta son orthodoxie, et on l'accusa de magie blanche et de nécromancie. Il était, disait-on, possédé du diable. Nostradamus s'en affecta, non sans raison quand on considère avec quelle indulgence les autorités ecclésiastiques de l'époque examinaient de sem­blables accusations. Il jugeait ses voisins habités par l'ignorance, la barbarie et la brutalité. Rien ne prouve cependant, comme le voudrait la légende, qu'il fût en butte aux persécutions des ignares et des jaloux.

Des quatrains pessimistes

L'astrophile Nostradamus publia, en 1555, les premières Centuries et, trois ans plus tard, l'édition complète des Prophéties, soit 10 centuries et 3 764 vers, sous forme de quatrains en vers français de dix syllabes avec césure après la quatrième syllabe (1). Deux de ces quatrains, le 26e et le 44e, ont été rédigés en provençal. Un certain nombre de termes provençaux parsèment, du reste, l'en­semble de son oeuvre.

Les quatrains des Centuries sont des prédictions pour les temps futurs. Ils ne font grâce d'aucun complot, d'aucun meurtre, d'aucune guerre, d'au­cun cataclysme. Leur situation ~~ans l'espace est chaque fois précisée, mais non leur localisation temporelle. Cette lacune, à laquelle s'ajoutent les obscurités accumulées comme à plaisir par l'auteur, a permis toutes les interprétations, et l'on sait le succès posthume qui continue à être fait à ces sortes de c rébus a où certains ne voient que jeux d'esprit gratuits. Du reste, Nostradamus a lui-même encouragé les sceptiques en affirmant que son travail était le produit a plutôt d'un naturel instinct accompagné de fureur poétique a que de calculs astronomiques précis.

La naïveté populaire ne s'embarrassant point de ces considérations critiques, le succès des Prophéties fut aussi grand que celui des Almanachs, au point que les quatrains vinrent jusque sous les yeux des seigneurs de la cour. Catherine de Médicis que l'ésotérisme fascinait, manda Michel Nostrada­mus qui vint à Paris en juillet 1555, où il logea en une auberge placée sous l'enseigne de Saint Michel.

Henri Il, paralysé par la goutte, le reçut. Le devin provençal fut ensuite conduit à Blois où il dressa l'horoscope des quatre fils du roi. La cour s'enticha de cet étranger qui savait apprivoiser le mystère; Nostradamus rentra à Salon chargé de bonne gloire et d'écus trébuchants.

 

Le lion mourra demain

En 1555, Nostradamus avait ainsi rédigé le quatrain XXXV

 

Le lyon jeune Le vieux surmontera

En champ bellique par singulier duelle

Dans cage d'or les yeux lui crèvera

Deux playes une, pour mourir mort cruelle

 

Quatre ans plus tard, le 30 juin 1559, Il était mortellement blessé à l'issue d'un duel sin­gulier par le jeune comte de Montgomery, capi­taine de sa garde écossaise. Le roi eut les deux yeux crevés et mourut après dix jours de souf­frances cruelles. Il portait, au moment du duel, un casque d'or...

En 1559, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, époux de Marguerite de France, soeur du défunt Henri II, s'arrêta au château de Salon et accorda une entrevue particulière au devin du lieu. Celui-ci rédigea, à l'intention de la duchesse, une devise en forme de jeu de mots Sanguine trojano, trajana stirpe creata et regina Cypri (de sang troyen, née de souche royale et reine de Chypre - c'est-à-dire belle comme Vénus). Curieusement, pendant qu'il était l'Hôte du château, Nostradamus déchaîna la colère du petit peuple qui l'accusa d'être magi­cien et sorcier. La légende ajoute qu'on le brûla en effigie sur une place de Salon.

 

Jour de gloire

La cour ne manqua pas, l'année suivante, de

~            rapprocher la mort de François Il, survenue en 1560, d'une prédiction d'ailleurs obscure du quatrain X-XXXIX, daté de 1558. La réputation de voyant qu'on faisait à Nostradamus s en accrut d'autant. Un jour de triomphe, enfin, le fit reconnaître comme prophète en son pays.

En octobre 1564, Catherine de Médicis et Charles IX s'arrêtaient à Salon. L'assemblée des notables, prévenue, se réunit aux portes de la ville, entourée par tous les habitants de la cité. Aux flatteries d'usage Charles IX répondit sèchement :  Je ne suis venu en Provence que pour voir Nostradamus.)) Aussitôt, la foule le lui désigna, qui s'était mêlé à elle. Nostradamus, poussé vers les Hôtes royaux, s'adressa au prince en un hexamètre latin. Vir magnus bello, nulli pietate seeundus! s'écria-t-il, ce qui voulait dire :  O quel homme, grand à la gnerre, ne le cédant à nul autre par la pitié'

Charles IX, ravi, le fit monter sur un cheval de sa suite et le promena à ses côtés dans les rues de Salon. Une version différente et plus vraisemblable assure que le devin, appuyé d'une main sur un jonc des Indes à pomme d'argent pour soulager sa goutte, conduisait de l'autre le cheval royal par la bride. Quoi qu'il en fût, s'adressant à ce peuple qui l'avait Si longtemps poursuivi de sa haine, Nostradamus déclara : O ingrata patria (1)!

Le lendemain, Charles IX lui accorda une au­dience particulière et la reine mère sollicita sa science divinatoire. Nostradamus lui aurait alors prédit que le jeune ilenri de Navarre, 'âgé de il ans, règnerait un jour sur la France : ce fut Henri IV. En récompense, Charles IX et sa mère le nommèrent médecin ordinaire du roi et lui laissèrent 300 écus d'or, plus un trésor inestimable la sympathie de ses concitoyens. Car le peuple de Salon, dès lors, capitula et acclama son prophète.

On s'agenouillait devant lui; on ne l'oubliait jamais dans les prières publiques, et, quand il entrait à l'église, tout le monde se levait et s'incli­nait avec respect.  (2)

 

La dernière halte

 

Cependant, la santé de Nostradamus déclinait. Tourmenté par la goutte, il ne sortait plus et rece­vait chez lui ses rares amis intimes. On a prétendu qu'il avait prédit sa propre mort dans le quatrain suivant des Présages:

 

De retour d'ambassade, don du roy, mis au lieu lus n'en lera; sera allé â Dieu

roches parents, amis, fréres du sang Trouvé tout mort, prês du lit et du bane

 

ce qui peut ainsi s'expliquer  il recevrait à son retour (de Paris) un don du roi, il se retirerait dans sa maison et ne composerait plus de prophéties; enfin, ses parents et amis le trouveraient mort, étendu sur un banc près de son lit, toutes choses qui furent matériellement avérées.

Par le testament qu'il fit devant Me Roche, son notaire, Nostradamus légnait à sa famille i 500 écus d'or et une collection de bijoux, joyaux, pièces d'or et d'argent dont la valeur s'élevait à près de 3 500 écus. De plus, il léguait à son fils aîné, César, son astrolabe de laiton et son anneau d'or où bril­lait, enchâssée, une pierre de cornaline.

e Demain, au soleil levant, je ne serai plus », dit-il au soir du 1er juillet 1556, à son ami Cha­vigny. Le lendemain, on le trouva, comme il l'avait prédit, assis sur un banc près de son lit : il avait cessé de vivre.

On enterra Nostradamus en l'église des Corde­liers dans la tombe qu'il avait fait construire contre la muraille, entre la grande porte et l'autel de sainte Marthe. Curieusement, Nostradamus avait d'abord désigné dans son testament l'église Saint-Laurent (où reposent aujourd'hui officiellement ses restes) comme lieu de sa sépulture. Puis il s'était ravisé, avait rayé l'indication à la plume et inscrit à sa place le nom de l'église des Cordeliers.

 

Le livre à venir

De nombreuses légendes ont couru sur cette sépulture. Un jour qu'il avait maille à partir avec les paysans de Salon, Nostradamus s'était écrié

c Allez, méchants pieds-poudreux, vous ne me les mettrez pas sur la gorge, ni pendant ma vie, ni après ma mort !  Pour que cette prédiction fût réalisée, le devin aurait exigé qu'on l'enterrât debout dans l'épaisseur de la muraille de l'église des Cordeliers. Cette croyance s'accrédita au point qu'au XVIIIe siècle on assurait, à Salon, que Nos­tradamus s'était fait enterrer vivant dedans le mur, avec une plume, du papier, de l'encre, des livres et une chandelle, afin de continuer inlassablement la rédaction de ses prophéties. Cet immense labeur, assurait-on, aura tout de même une fin  un jour, le devin quittera son tombeau comme la Chèvre d'Or son repaire, et présentera aux foules le Livre à venir, tenu en ordre pour les millénaires futurs.

Le tombeau de Nostradamus fut profané en 1791. Des soldats de la Garde nationale du Vaucluse, venus saccager l'église des Cordeliers, ouvrirent à coups de hache le cercueil du devin. Il paraît que le profanateur vit sur la poitrine du squelette «une plaque de cuivre avec la date de la violation du sépulcre, et une malédiction pour les sacrilèges. On ajoute que ce profanateur s'appelait M. Mal­heureux, et qu'on le pendit haut et court quelque temps plus tard.

 

L'eau et le vin

une fontaine de la ville du temps de Nostradamus. Le devin lui-même l'avait composée et signée. Traduite du latin, cette inscription dit : « 1553. Si les ressources de l'ingéniosité humaine leur avaient permis de fournir constamment du vin à leurs concitoyens, les eaux peu agréables de la fontaine que vous voyez ici n' auraient pas été amenées à grands frais par le sénat et le peuple de Salon, noble Palamède Marc et Antoine Paul étant consuls. M. Nostradamus, aux dieux immor­tels, au nom des habitants de Salon, MDLIII.

 

Une roue énigmatique

La famille de Nostredame possédait ses armes

« Au 1 et au 4 de gueules à une roue brisée à huit raies composée de deux croix potencées d'argent

au 2 et au 3, d'or à une tête d'aigle, de sable. Si le champ « d'or, à une tête d'aigle, de sable

figure les armes de Saint-Rémy, on s'est interrogé sur la signification de la roue brisée : s'agit-il d'une représentation symbolique de la rouelle que les Juifs, à l'époque, devaient coudre sur leurs vête­ments ou, plus précisément, d'une roue de moulin, allusion à la profession de l'aïeul du devin, ce Pierre (ou Peyrot) de Nostredame, mythique médecin des rois et vrai marchand?

 

 

Prodiges en série

Le don de voyance qu'on prêtait à Nostradamus est à l'origine de nombreuses histoires que la tra­dition orale nous a transmises. Un jour qu'il voya­geait en Italie, Nostradamus rencontra dans les rues de Savone un jeune moine qui répondait au nom de Joseph Peretti. Sans hésiter, il mit un genou en terre pour le saluer. Les compagnons du moine s'en étonnèrent. C'est que, répliqua Nostradamus, je dois me soumettre et ployer le genou devant Sa Sainteté. « On lui rit au nez. Et pourtant, en 1585, le moine devint pape sous le nom de Sixte Quint.

A Salon, bien qu'il fût critiqué par certains, Nos­tradamus recevait chaque jour la visite de gens avides de connaître leur avenir. Les curieux ne manquaient pas non plus d'aller le consulter, quitte à s'en divertir ensuite. En 1554, des villageois d'Aurons vinrent lui présenter un prodige : un chevreau à deux têtes, et ceux de Sénas, un prodige plus grand encore : un nouveau-né bicéphale. Nostradamus s'en émut et avertit le gouverneur de Provence que c'était là le présage d'une guerre de religion. Huit ans plus tard, le baron de Crussol arrivait en Provence à la tête de ses troupes pour contraindre les catholiques à respecter l'édit de tolérance qui autorisait les réformés à exercer leur culte. Crussol s'arrêta à Salon et interrogea Nostradamus : sa mission serait-elle couronnée de succès? « Elle se terminera, répondit le mage, quand les arbres seront chargés de nouveaux fruits. A peine Crussol eut-il quitté Nostradamus que les catholiques d'Mx massacraient les protestants de Tourves et s'enfermaient dans Barjols. Le gou­verneur rassembla des troupes, celles du sieur de Mauvans et du baron des Adrets, et fit assiéger Barjols. On égorgea certains de ses défenseurs et l'on pendit les autres aux arbres du pays. La prédiction de Nostradamus était réalisée : Crussol pouvait repartir.

Enfin, un jour que Nostradamus, vieillissant, somnolait sur le pas de sa porte, une jeune fille passa devant lui et le salua: « Bonjour, Monsieur de Nostredame! - Bonjour, fillette! » lui fut-il répondu. Quelques heures plus tard, la jeune fille s'en revint et le trouvant toujours assis devant sa porte le salua de nouveau :  Bonjour, Monsieur de Nostredame! - Bonjour, petite femme!  répondit le mage, sans ouvrir les yeux.

 

Un document chiffré

Par son imprécision le texte des Centuries a, bien entendu, suscité autant d'interprétations qu'il a eu d'interprètes. Chacun de ses commentateurs, fort nombreux, a voulu voir dans tel ou tel événe­ment survenu depuis la mort de Nostradamus la réalisation d'un des oracles peu compromettants du mage de Salon, ou, au contraire, dans ces oracles, l'annonce d'événements futurs conformes aux convictions ou aux voeux de l'exégète. Les résultats de cette méthode sont presque tou­jours cocasses. Ainsi, au siècle dernier, un nommé Parisot n'hésita pas à affirmer que le quatrain

 

En lieu du grand qui sera condamné

De prison hors son ami à sa place

L'espoir troyen en six mois joint mort-né

Le sol à l'urne, seront pris fleuves en glaces

 

annonçait la restauration des Bourbons par Mac­Mahon, pour le 17 février 1874 très exactement...

Pourtant, Nostradamus lui-même avait mis en garde les excités contre ce genre d'interprétations. Dans un avertissement, intitulé Garantie rituelle contre les lecteurs ineptes, il avait écrit : c Que ceux qui liront ces vers réfléchissent longuement, que le profane vulgaire et ignorant n'en approche pas, que les astrologues, les sots, les barbares s'en tien­nent éloignés, ce qui semblerait suggérer que les Centuries comportent un sens dissimulé. Partant de là, deux spécialistes contemporains, P.V. Piobb (1) et Roger Frontenac (2), ont imaginé  que les Centuries étaient un cryptogramme et se sont employés à en chercher la clé. Leurs travaux, trop techniques pour être résumés ici, aboutirent à plusieurs constatations étonnantes :

-            Nostradamus aurait brouillé l'ordre des  quatrains et, dans chacun de ces quatrains, les chiffres des dates, à l'aide d'une clé;

-           La clé utilisée par Nostradamus serait double:

elle comporterait, d'une part une suite de nombres, d'autre part une transposition de ces nombres en lettres. Puis Nostradamus aurait matérialisé sa clé sous la forme de cette phrase aide-mémoire

FLAMEN FIDELE COEGI ID VULGO A KABALO APPLEVI IN vîvo ACTO TAM LATENTER DENSA EX H.D.M.P. FATA OCCULTA SUNT AB GRATIAE FIDOS NOSTRADA­MUS FAS OBTURAVIT A SAXO, ce qui signifie, suivant une traduction due à Me Maurice Garçon :  J'ai fidèlement recueilli l'inspiration de ce qu'on appelle vulgairement la Kabbale; je l'ai diffusée en docu­ments vivants mais condensés sous une forme

          secrète à partir du nombre 841 316 (1). Les pré-dictions par semaines d'années sont occultées. Pour ceux qui croient en la grâce, Nostradamus a caché ses calculs sous une pierre.

-           Enfin, ce que Nostradamus aurait dissimulé dans son texte au moyen de sa double clé serait un ensemble de calculs astronomiques rigoureux, fondés sur la théorie copernicienne des épicycles.

 

Nostradamus a-t-il existé?

Mais certains occultistes vont plus loin encore. Selon eux, le nom de Nostradamus ou Nostredame sous lequel étaient connus le calculateur de Salon et ses ascendants ne serait qu'un pseudonyme laborieusement composé. Ces commentateurs sub­tils font en effet observer que Nostredame ne se traduirait pas en latin : Nostradamus, mais Nostra­domina. En latin, Nostra damus (en deux mots) n'a qu'une seule signification : « Nous donnons ce que nous avons.  C'est pourquoi Nostredame ne se rapporterait pas à une entité féminine, la Vierge, mais au mot masculin du vieux français dame, qui signifie calcul, et qui est resté dans le jeu de Dames. Il faudrait alors comprendre : Nous donnons ce que nous avons : notre calcul. Ainsi, par le choix de cet astucieux pseudonyme, l'antique famille juive du Comtat aurait indiqué qu'elle était dépositaire de secrets traditionnels qu'il lui appar­tenait, le moment venu, de divulguer au public digne de les entendre : ce fut par la voix de Michel.

Cette hypothèse a l'inconvénient d'oublier que Nostradamus ne fut pas forcément une «traduction » de Nostredame, mais peut-être une simple « latini­sation », opération très courante à l'époque. Car le mage n'était pas assez indifférent à la gloire pour risquer que les lecteurs enthousiastes des Centuries n'identifiassent pas M. de Nostredame sous Nostra­domina.

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Saint Rémy de Provence

 

  Les pierres à l'Hôtel

Un musée archéologique occupe l'ancien Hôtel de Sade que, malgré son nom, n'habita pas le divin marquis. Il vous permettra d'admirer les antiquités provenant des fouilles de Glanum. Certaines de ces pièces de collection remontent à l'époque gallo-­grecque (IIIe siècle av. J.-C.). Vous y verrez aussi des documents archéologiques exhumés lors des fouilles de Saint-Biaise (voir SAINT-MITRE-LES­REMPARTS).

 

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Saint Rémy de Provence

      Quinze siècles de silence

Au XVIIIe siècle, on ne connaissait encore rien de Glanum. Ce nom pourtant avait intrigué quel­ques chercheurs : on le retrouvait sur des textes très anciens et sur des cartes que certains préten­daient fantaisistes. Et Saint-Rémy recouvrait, dans la croyance populaire, la ville-fantôme de Freta, et non celle de Glanum. On avait toujours connu le monument des Jules (les petits-fils d'Auguste que César, en même temps que Home, avait adoptés); on avait toujours admiré le bel arc triomphal; mais personne ne supposait qu'il pût s'agir là de la porte d'une grande ville enterrée.

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Saint Rémy de Provence

      Un destin exemplaire

Brusquement, au XVIIIe siècle, une découverte capitale eut lieu. Dans la terre meuble qui borde l'actuel site archéologique, un fouineur exhuma un cippe funéraire dédié à EBUTIUS AGATHON, curateur du Trésor de la république des Glaniques, et datant du IIIe siècle. Un peu plus tard, la décou­verte d'une monnaie d'argent portant d'un côté

le taureau bondissant, fortement sexué, et de l'antre l'effigie de Déméter, la déesse de la fécondité, leva les derniers doutes. Il fallut pourtant attendre 1921, pour que J. Formigé et P. de Brun commen­cent l'inventaire de la ville enterrée. Le destin de cette ville morte est exemplaire il suit le cours exubérant de la légende et du sang, depuis la plus lointaine et insondable préhistoire jusqu'à nos jours.

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Saint Rémy de Provence

      Des tribus évanouies

De la période antérieure au peuplement indo­-européen de la région, nous ne savons pas grand-chose. Des grottes et des abris sous roche creusés dans le miocène des Alpilles, au débouché des deux ravins au sud de Glanum, on a retiré des squelettes fossilisés, des silex et des ornements pour la parure. La grotte de Baldouin a livré des perles trouées et de curieuses pendeloques dont certaines semblent porter des caractères phalliques. Un peu plus loin sur la crête, l'ossuaire de Romanin nous a légué un trésor préhistorique de perles bleues incrustées de jaune, un bracelet, de petits anneaux en bronze et des ébauches de céramique, à décor incisé, de la facture la plus archaïque qui soit. De plus, au lieu dit La-Croix-des-Vertus, on voit encore très bien les traces d'une voie antique à ornières. Que sont devenues ces tribus? Ont-elles été détruites par ces envahisseurs venus de l'est européen dont le passage nous est révélé par les céramiques des champs d'urnes », caractéristiques de leur civilisation? Ou bien un groupement ethnique plus actif a-t-il peu à peu remplacé les premiers habitants? C'est le premier mystère de Glanum.

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Saint Rémy de Provence

      Hercule et la source sacrée

A Glanum, Hercule est honoré par plusieurs autels votifs et par une statue à l'échelle humaine. Vêtu de la peau du lion de Némée, le héros s'appuie sur sa massue. Il tient, de l'autre main, un vase àboire, le rituel canthare. L'eau, puisée ici à la fontaine sacrée de la déesse Valetudo, est à la fois remède et breuvage d'immortalité, ce qui est, peut-être, une même chose. Hercule l'offre. aux légionnaires romains qui l'appelaient familièrement en retour : Hercules bibax, Hercule le buveur.

Le choix de cette ville s'explique, dit Fernand Benoît, par  le caractère chtonien de ce lieu de culte (...) marqué par la dédicace de nombreux autels votifs Hercule, le Dieu découvreur de sources, dont le nom est toujours attaché aux -défilés rocheux, aux régions bouleversées où  naissent les sources et où les croyances populaires situaient l'entrée des Enfers. Au pied du mont Gaussier, près de la source sacrée, dut habiter jadis quelque peuplade néoli­thique qu'Henri Rolland rapproche du premier peuplement des Pyrénées. Enfin, ces peuples mal définis qu'on appelle   «  Ligures «  y installèrent un sanctuaire indigène dont la réputation devait se répandre bientôt sur toutes les terres rhodaniennes. Les Hellènes survinrent alors et, dès le vIe siècle av. J.-C., atteignirent la Durance. La population devint des plus pacifiques, comme le montre l'absence d'armes dans les sépultures, faites de tombes à incinération, et B disposées le long des chemins, signalées aux voyageurs par des stèles portant souvent une inscription funéraire tracée en caractères grecs. On limite assez mal la zone d'influence grecque. Un groupe de constructions déterrées montre une technique de construction et de décoration si comparable à celle des grandes villes hellènes (et  particulièrement Délos) que les savants se perdent en conjectures : Henri Rolland pense que ces demeures n'auraient pas été édifiées pour des indigènes, même pour de riches Gaulois hellénisés, mais plutôt pour des Massaliotes établis à Glanum dans l'intérêt de leur négoce ou, peut-être mieux, groupés autour d'un sanctuaire pour en assurer le service et en retirer les avantages.

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Saint Rémy de Provence

      Déméter et les têtes coupées

Le sanctuaire, dont les restes sont visibles à l'extrémité S. des dégagements, était peut-être consacré à Déméter : vous n'en verrez plus que les substructures entourées de quelques éléments moulurés. Ces éléments sont les seuls vestiges d'un monument d'ordre ionique, un temple probable­ment, couronné d'un double fronton.

La ville d'imprégnation grecque honore les dieux indigènes à l'égal des dieux de l'antique et légendaire Phrygie : la maison dite d'Atys en témoigne. A quelques pas de la source où l'on retrouva des poteaux creusés, prêts pour recevoir les crânes (comme à Entremont, voir AIX-EN­PROvENcE), on vénérait Atys, le mythique époux de Cybèle, dont le culte, en Phrygie comme peut-être ici, donnait lieu à d'extraordinaires orgies. Au milieu des maisons roses (l'enduit en est encore visible sur les murs de la maison hellénistique) se dressaient les autels votifs au dieu Sylvain, protec­teur des sources et des lieux de baignade, identifié au dieu celte Borbanus.

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Saint Rémy de Provence

      Les oreilles de Cybèle

Quand de nombreuses civilisations se sont succédé sur un même sol, il arrive que le pic des fouilleurs découvre pêle-mêle : un buste de ménade tenant un thyrse et nourrissant une panthère; un taureau à trois cornes dont la facture stylisée n'est pas sans rappeler les petits bronzes sardes; un sistre d'airain, instrument rituel du culte d'Isis; enfin, un autel dédié aux oreilles de la Bonne Déesse, sans doute une déformation de Cybèle. La stèle porte l'inscription suivante, au-dessus du médaillon où sont figurées les deux oreilles

LORIEA PIA

MINISTRA

Les deux oreilles symbolisent l'appel des prê­tresses, parmi lesquelles se trouve la   pieuse Loreia, à la clémence de la déesse des moissons et de la fécondité de la terre. On espérait ainsi qu'elle écouterait les suppliques qu'on lui adressait.

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       Le nom d'un esclave

On sait maintenant que la ruine de la ville hellé­nistique n'est pas due aux Romains mais au passage des Teutons, en 102 av. J.-C. Ceux-ci, s'étant séparés des Cimbres pour un temps, pas­sèrent le Rhône à la hauteur de Beaucaire (qui s'appelait alors Ugernum) et investirent la cité. Avant d'en partir pour rejoindre Aix (et l'armée de Manus, qui allait les exterminer à Pourrières), ils rasèrent soigneusement la ville. Alors, sous l'influence des Romains, la cité connut un nouveau lustre. La belle maison grecque de Sulla disparut sous un remblai destiné à soutenir un nouveau sanctuaire dédié à Silvanus, vite confondu avec Sucellus, le dieu gaulois au maillet. La superposition des cultes sur un même emplacement revêt ici une grande importance  au même moment, un légion­naire quittant l'armée offrait une pièce d'or au dieu Mars, et l'esclave grec Teucer inscrivait son nom sur le mur d'une villa, en 96 av. J.-C., Cneus Doinitius et Calus Cassius étant consuls.

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Saint Rémy de Provence

      Des thermes éloquents

Les thermes de Glanum nous livrent une ample moisson de renseignements que ceux d'Aix, enfouis sous la ville, garderont sans doute à jamais secrets. Parfaitement dégagés, ils montrent bien les diverses transformations subies par l'établissement bal­néaire, depuis les anciens thermes dont on voit en partie les fondations jusqu'aux splendides bains romains avec leurs trois salles distinctes : frigidarium, tepidarium et caldanum, ces deux dernières chauffées par un hypocauste souterrain. De cette période faste, qui va du  1er siècle av. J.-C. an milieu du IIIe siècle de notre ère, datent les deux monuments Si parfaitement conservés que l'on nomme les Antiques.

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Saint Rémy de Provence

      La petite et la grande mort

Avant la destruction aussi subite que brutale de Glanum sous l'assaut des hordes des Germains (Francs et Alamans), au milieu du IIIe siècle, une autre mort, insidieuse et lente, devait en ronger l'intérieur, le coeur même  dans la demeure de Silvanus, on a recueilli un fragment d'enduit rouge qui porte, gravé à la pointe, la figure d'un poisson accompagnée d'une inscription en grec c'était un signe de ralliement chrétien. Une petite communauté avait dû se former avant la chute de la ville et l'aurait peu à peu dévorée Si elle n'avait pas été prévenue par ces guerriers venus du nord.

Ainsi, quand les canalisations et les égouts obstrués ne purent plus drainer l'eau qui dégringolait des Alpilles, les murs glorieux et blessés s'ensevelirent sous la boue, les pierres de la mon­tagne et un silence de quinze siècles.

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Saint Rémy de Provence

      Bertrand aimait Phanette

Près de Saint-Rémy se dressent les ruines du château de Romanin où se trouvait, au xIve siècle, une des plus célèbres cours d'amour de Provence. La châtelaine Phanette de Romanin, aimée du troubadour Bertrand d'Alamanon, était également la tante de Laure de Noves que Pétrarque devait rendre  célèbre.

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      Une dent contre la colique

Les ruines du village de Lagodunum, devenu Lagoy, entourent le château de Lagoy, sur la route d'Avignon. La chapelle Saint Bonnet fut long­temps un lieu de pèlerinage réputé  pour guérir les maux de ventre et les fièvres malignes, il fallait effectuer trois fois le tour de l'église. On y révérait une des molaires de saint Bonnet.

Les habitants du village voisin d'Eyragues participaient à ce pèlerinage. Mais une vieille rivalité séparait les deux popuiations, Si bien que chaque rencontre se terminait invariablement sur le parvis de la chapelle par des batailles rangées. Pour mettre fin à ces regrettables pratiques, le clergé d'Eyragues décida d'implanter lui aussi dans sa paroisse le culte de saint Bonnet : ce saint fut désormais honoré dans la chapelle rurale de Notre-Dame-de4a-Pucelle, rebaptisée pour la cir­constance Notre-Dame-du-Pieux-Zèle.

La fête de saint Bonnet continua toutefois d'alimenter la chronique de Lagoy. Un missionnaire rapporte que les fidèles, après avoir baisé la statue du saint et déposé des offrandes dans le bassin de la fontaine, se livraient avec excès aux manifestations bacchiques de la danse et de la boisson.

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